L’après 3 novembre, une Amérique en (re)construction ?

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Le 7 novembre, le verdict est enfin tombé en Pennsylvanie : Joe Biden sera président des États-Unis après avoir obtenu les 270 grands électeurs nécessaires à sa victoire. Après plusieurs jours d’attente, l’Amérique connaît enfin son nouveau président, qui sera investi le 20 janvier. Cette période a été marquée par une attente fébrile du camp démocrate et des républicains qui revendiquent la victoire de Donald Trump, accusant les démocrates de falsifications via les bulletins de vote par correspondance.

Avec l’annonce de la victoire de Biden, son accession à la présidence semble désormais assurée. Toutefois, ce scrutin soulève des questions sur les implications politiques pour les quatre à huit prochaines années et sur les changements qui influenceront les débats et les positions politiques aux États-Unis…

Manifestation Black Lives Matter, 2020 (image Pixabay)

La défaite de Trump, un soulagement ?

Tout d’abord, pour le camp démocrate, la victoire finale de Joe Biden sur Donald Trump est un soulagement tant le souvenir de la défaite surprise d’Hillary Clinton en 2016 et bien sûr des quatre dernières années hantaient leurs esprits. En effet, si vous aviez suivi les premiers résultats tombés dans la nuit du 3 au 4 novembre dernier, Donald Trump semblait en bonne voie de l’emporter à nouveau grâce à de très bonnes performances en Floride et dans l’Ohio, deux états qui jusqu’à aujourd’hui étaient cruciaux pour le candidat qui gagnait la présidence.

Le résultat final est mitigé pour les démocrates : s’ils remportent la présidence, ils perdent un gouvernorat (Montana), plusieurs sièges dans la Chambre des Représentants et ont manqué de ravir plusieurs sièges au Sénat. En effet, le sort du Sénat va se jouer en janvier avec les deux sièges de Géorgie ou les candidats républicains sortants font faces à deux démocrates. Cela augure pour Joe Biden une marge de manœuvre réduite pour instaurer des politiques que l’aile gauche de son parti avaient mis en avant depuis la candidature de Bernie Sanders en 2016 et les émeutes de Minneapolis : un système de santé public, la fin de la détention de migrants « ICE », une réforme de la police, la nomination de personnalités progressistes dans la nouvelle administration (Foreign Policy) .


Une synthèse difficile chez les démocrates ?

Le poids de la gauche, emmenée notamment par une coalition de figures médiatiques comme Alexandria Occasio-Cortez « AOC » et son « Squad », risque de se confronter à l’aile plus modérée dont fait partie Biden. Un des démocrates de la chambre des représentants, difficilement réélu en Pennsylvanie, se dit « frustré » par la « radicalité » de la gauche qui selon lui a fait fuir de potentiels électeurs centristes et aurait causé la perte de plusieurs sièges aux Démocrates (New York Times), tandis qu’AOC avertit de la nécessité pour la nouvelle administration de se battre pour faire adopter ces réformes, au risque de perdre les élections de mi-mandat de 2022 (The Guardian).

Cette nouvelle génération de démocrates progressistes est influente, et est à mettre au crédit de la victoire de Biden. Après sa courte défaite en 2018 en Géorgie, l’activiste Stacey Abrams s’est battue pour inscrire sur les listes électorales une large proportion de votants, notamment des afro-américains historiquement désavantagés, afin d’augmenter massivement la participation ; en deux ans elle a aidé l’enregistrement de près de 800.000 votants grâce à son organisation « Fair Fight Action ». Le résultat ? Joe Biden est devenu le premier démocrate à prendre la tête en Géorgie depuis la victoire de Bill Clinton en 1992, dans un état auparavant largement républicain, et un nouveau siège de représentant a basculé démocrate dans la banlieue grandissante d’Atlanta.

On voit donc que Joe Biden, avec une victoire plutôt modeste et un congrès plutôt défavorable se voit écartelé entre le désir de tendre la main vers la nouvelle opposition républicaine, et pouvoir défendre la grandissante aile gauche de son parti qui l’a soutenu pendant sa campagne. Il faudra voir dans les prochains jours des indicateurs importants, la nomination de têtes progressistes dans l’administration Biden et le dénouement des élections sénatoriales. En tout cas, l’unité de son camp restera pour lui la clé essentielle d’une éventuelle victoire en 2022 ou 2024…


Trump n’a pas encore dit son dernier mot…

Et du côté républicain ? Si Donald Trump a perdu, il lui reste encore lui et à son camp d’accepter pleinement cette défaite. L’imbroglio médiatique sur le comptage des voix en Arizona, Pennsylvanie et Michigan ou les pro-Trump ne savaient plus s’il fallait continuer ou arrêter de compter les voix a montré le degré de soutien que ses partisans avaient pour lui. Un performance électorale honorable (plus de 70 millions de voix, contre 63 millions en 2016) et un soutient encore très fort de sa base a conforté Donald Trump dans l’idée qu’il pouvait encore se déclarer vainqueur. A la date ou cet article est écrit, il n’a toujours pas formellement reconnu sa défaite. Mais après son départ de la Maison Blanche, le Parti Républicain devra lui aussi entamer une période de restructuration. S’il a pu conserver le Sénat, la plupart des gouvernement locaux en plus de progresser dans la chambre des représentants, il devrait néanmoins composer avec la nouvelle administration démocrate. Certains politiciens de haut rang républicains tel que Mitt Romney ou l’ancien président George W. Bush ont déjà félicité Biden pour sa victoire, tandis que d’autres comme le sénateur texan Ted Cruz sont encore à penser que Trump peut l’emporter. On peut donc voir que le camp républicain a déjà pris acte de la défaite de Trump mais qu’une partie lui restera fidèle bec et ongle, tandis que son « establishment » est plus amené à travailler avec Biden. L’ex-gouverneur John Kasich avait choqué son parti en soutenant Biden contre Trump dans la campagne, tout en fustigeant également la gauche du parti démocrate comme étant un repoussoir à d’éventuels votants républicains insatisfait de Trump (Newsweek). Ces interventions inquiètent la gauche américaine sur la tournure que pourrait prendre la prochaine présidence.

Le parti se voit donc divisé. Il y a une aile pragmatique qui souhaite travailler avec le centre démocrate, et une autre encore sonnée de la défaite de Donald Trump. Néanmoins, le parti conserve un avantage par sa dominance sur de nombreux états, à la veille du redécoupage de circonscriptions qui pourrait lui assurer une victoire aux élections de mi-mandat. Si le parti est divisé, il pourrait s’unifier de nouveau contre la présidence Biden, si celle-ci décide de donner de la voix aux progressistes. Avec sa nouvelle coalition électorale d’anciens Trumpistes, mais aussi de minorités auparavant acquises aux démocrates, le parti ne cesse de surprendre et pourrait déjà se (re)voir à la Maison Blanche en 2024. Mais avec quel candidat ?

Cet article est une archive, publié sur LinkedIn le 9 novembre 2020

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