#SaveSheikhJarrah : comprendre les raisons des tensions en cours à Jérusalem

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Depuis octobre 2020, des résidents du district de Sheikh Jarrah à Jérusalem se mobilisent contre leur expulsion forcée. Face à la police et aux ratonnades d’extrême-droite, ils se mobilisent derrière le slogan #SaveSheikhJarrah. Très populaire sur les réseaux depuis plusieurs jours, il met en valeur des acteurs locaux, résidents du quartiers, dans leur combat contre les violences dont sont victimes les familles de Sheikh Jarrah. Un élan de solidarité, dépassant les frontières, s’est créé. Manifestations et prières ont été violemment réprimées par les forces de polices, culminant dans l’incendie sur le site de la mosquée Al Aqsa au soir du 10 mai.

Dans la soirée du 9 mai 2021, des nuits de manifestations dans plusieurs villes, dont Haïfa et Nazareth, ont donné lieu à plusieurs arrestations et à des blessés, dont une femme transportée à l’hôpital. Depuis l’ordre du tribunal de district de Jérusalem d’expulser plusieurs familles arabes, musulmanes et chrétiennes, du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, et l’attaque vendredi soir puis du lundi de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem, des manifestations et des marches ont lieu dans tout le pays en solidarité avec les victimes de la brutalité policière. Pourquoi les gens protestent-ils contre l’expulsion de ces familles ? Comment la situation s’est-t-elle développée en quelques jours, et à quoi devons-nous nous attendre ?

Sheikh Jarrah

À la fin du mois d’octobre 2020, 10 familles du quartier arabe de Sheikh Jarrah, à Jérusalem, se sont vu forcer de quitter leur domicile sur ordre d’un tribunal de district de Jérusalem. Le quartier subit des expulsions de familles palestiniennes depuis déjà 2009. Beaucoup d’entre eux ont refusé l’ordre et de quitter leurs maisons, face aux « colons » (voire note en bas sur la légalité des colonies) et à la police qui sont venus s’assurer que les résidents quitteraient leurs maisons au début du mois de mai. Les scènes de brutalité policière et de harcèlement des résidents par les « colons », dont le groupe d’extrême droite « Lahava » qui chantait « mort aux arabes », sont depuis relayées sur les médias sociaux, sous l’hashtag « SaveSheikhJarrah ». Certains résidents, comme Muna Kurd ou Mohammed el-Kurd, ont sensibilisé le public de cette manière sur les médias sociaux, et ont depuis fourni des informations détaillées sur la situation, en particulier depuis que la police et les colons ont attaqué les maisons et leurs propriétaires. Il convient de noter l’importante mobilisation des femmes dans les manifestations et les campagnes sur les médias sociaux, comme Muna Kurd, ce qui montre la montée en puissance de l’influence des femmes palestiniennes dans le pays.

Les images de policiers agressant des hommes, des femmes et des enfants, et de « colons » s’introduisant dans les maisons ont été largement partagées et rapidement, l’histoire de Sheikh Jarrah est devenue virale et a indigné de nombreuses personnes en Israël-Palestine et dans le monde entier. Ces types d’expropriations et de harcèlements contre les Palestiniens sont monnaie courante, ils se produisent chaque année avec la même brutalité. Mais cette fois, une riposte efficace a été apportée par les médias sociaux, ce qui a donné un élan à la cause des familles menacées d’expulsion. La solidarité s’est rapidement manifestée dans les territoires palestiniens et en Israël, la plupart des arabes israéliens soutenant les habitants de Sheikh Jarrah contre la police et les « colons ».

La mosquée Al Aqsa

Les choses se sont compliquées lorsque la police israélienne a pris d’assaut la mosquée Al Aqsa à Jérusalem le 7 mai, lors de la célébration musulmane de Laylat al Qadra, signant les derniers jours de Ramadan. La police a bloqué l’accès à la mosquée et a dispersé des grenades assourdissantes à l’intérieur des installations d’Al Aqsa, blessant plus de 300 personnes qui priaient, dont la plupart avaient, en fait, la citoyenneté israélienne. Plusieurs parties des bâtiments ont été endommagées, provoquant l’indignation de la population palestinienne. Al Aqsa est un point de tension entre Israël et les palestiniens, depuis qu’Israël en a pris le contrôle en 1967 : l’état hébreu autorise ou refuse la permission aux palestiniens de venir prier dans les mosquées du site. En conséquence, des milliers de palestiniens de Cisjordanie et d’arabes israéliens se rassemblent vers Jérusalem, marchant pour la plupart pour éviter le blocus routier et les checkpoints.

À Haïfa, Nazareth et dans d’autres villes, des marches et des protestations ont eu lieu le 9 mai, et ont rencontré les forces de police, ce qui a entraîné arrestations et blessures. Plusieurs victimes, dont des femmes et des enfants, ont été signalées depuis le début des événements. À Sheikh Jarrah, les provocations et la violence des colons se poursuivent, bien que la procédure d’expulsion ait été repoussée temporairement par la justice.

Le matin du 10 mai 2021, puis plus tard dans la journée, la police israélienne et des colons a de nouveau pris d’assaut la mosquée Al Aqsa, tirant des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc, blessant 250 personnes selon des militants locaux. Plusieurs reporters et médias se seraient vu refuser l’accès à la zone d’Al Aqsa et de Sheikh Jarrah, où les colons et la police ont continué à harceler les résidents, notamment en renversant un groupe de personnes avec une voiture, et une marche est prévue par les colons a été faite à Jérusalem. Les israéliens célèbrent la « réunification » ou la conquête de Jérusalem en 1967 le 10 mai, un événement considéré par de nombreux Palestiniens comme une célébration de l’occupation.

Quelle escalade ?

D’un côté, l’histoire de Sheikh Jarrah est celle de plusieurs familles palestiniennes expulsées de leur maison par une décision de l’état, et de l’autre, celle de « colons » et de groupes d’extrême-droite qui viennent s’emparer de leurs maisons. Les habitants répondent sur les réseaux sociaux en créant ainsi un mouvement populaire de sensibilisation à la situation. Comme il est devenu viral, des protestations ont commencé à Jérusalem et ailleurs en Israël-Palestine en solidarité. Les 7 et 10 mai, après qu’Israël ait tenté de bloquer l’accès de certains Palestiniens à la mosquée Al Aqsa à Jérusalem, ils ont pris d’assaut le site en blessant des centaines de fidèles. En réponse, plusieurs manifestations ont eu lieu, comme à Nazareth ou à Haïfa, où plusieurs arrestations et blessures ont été causées par les actions de la police. Harcèlement et violence physique s’intensifient, culminant au soir du 10 mai en l’incendie près de la mosquée Al Aqsa. Malgrés l’escalade des actions et des tensions, il ne faut en aucun cas se détourner du point de départ des évènements actuels  : Sheikh Jarrah.

Note: La résolution 2334 du conseil de sécurité des Nations-Unies du 23 décembre 2016 condamne les activités de peuplement ou « settlement » israélien en Cisjordanie et Jérusalem-Est. Il est bien question alors de colons israéliens car l’occupation et l’implantation de population dans les territoires de Jérusalem-Est et de Cisjordanie, conquis en 1967, est condamnée par l’ONU.

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