Trump vs Harris, conclusion d’un face-à-face décisif pour l’avenir

8–12 minutes

La campagne pour la présidence des Etats-Unis touche à sa fin, et les deux candidats restent au coude à coude dans les sondages dans les sept swings states* déterminants d’Arizona, de Caroline du Nord, de Géorgie, du Michigan, du Nevada, de Pennsylvanie, et du Wisconsin.

Après le retrait de Joe Biden en juillet, Kamala Harris avait réussi à prendre l’avantage dans les sondages, suscitant un certain enthousiasme pour contrer Donald Trump. Cependant, au fil des mois, l’actuelle vice-présidente semble stagner et peine à s’imposer sur le terrain. Quelles sont les raisons de ce phénomène, et comment Donald Trump parvient-il à dominer la campagne malgré la série d’événements graves survenus depuis sa chute du pouvoir ?

*Les « swing states » sont les états au vote indécis et qui peut donc changer de camp, d’un scrutin à l’autre, entre les deux partis dominants et faire basculer le résultat du vote final.


Trump en position de force

Trump conserve des avantages considérables, en particulier sa résilience inédite face à ses nombreux scandales. Entre son rôle dans l’assaut du Capitole, les mensonges, ses 34 condamnations pour crimes graves, des accusations d’agression sexuelle, et des inculpations pour fraude et complot, il aurait pu perdre sa base électorale. Pourtant, chaque scandale semble l’ancrer davantage dans l’imaginaire de ses partisans les plus radicaux, qui brandissent sa photo d’arrestation comme symbole d’un « martyr » du système, ou un symbole de défiance envers un establishment corrompu. En se présentant comme une victime, Trump a su transformer ces attaques en force. Même une tentative d’assassinat à son encontre n’a visiblement pas suffi à le décourager. Il conserve donc facilement une base fidèle et solide, ce qui lui permet au fil de la campagne de pouvoir étendre sa coalition.

Son programme, comportant une vingtaine de propositions, a le mérite de la simplicité, mais reste évasif et ressemble surtout à une collection de slogans et manque de précisions sur l’ensemble des sujets. Mais son thème principal, l’économie, est la priorité pour 81% des électeurs, selon le Pew Research center. Toujours selon l’institut, il bénéfice d’une confiance plus importante que Kamala Harris sur ces sujets, 55% contre 45%. Pour rappel, le pays a connu une forte inflation pendant le mandat de Joe Biden. Il bénéficie aussi d’une confiance plus importante sur les sujets de la lutte contre l’immigration clandestine, et également sur la politique étrangère. Ses discours simples, efficaces, lui permettent d’attirer l’attention sur ces thèmes, face à une Kamala Harris illisible. Il enregistre même des gains notables dans les électorats afro-américains et hispaniques, pourtant historiquement démocrates. Quelle en est la raison ? La lassitude de ces électeurs envers les démocrates et les difficultés économiques de ces groupes, qui seraient aussi moins inquiets de Trump et donc moins frileux à le soutenir. Trump ne remportera pas la majorité de ces électeurs, mais il en prendra sûrement une part plus importante que dans les derniers cycles électoraux. La concentration de ces électeurs dans les États clefs de la Géorgie, du Nevada et de l’Arizona pourrait faire basculer le scrutin.

Son thème principal, l’économie, est la priorité pour 81% des électeurs, selon le Pew Research center. Toujours selon l’institut, [Donald Trump] bénéfice d’une confiance plus importante que Kamala Harris sur ces sujets, à 55% contre 45%.

Cerise sur le gâteau, sa mise en scène dans un McDonald’s le montre proche du peuple, dans une posture sympathique et « relatable », lui fera sans doute gagner en popularité auprès des électeurs de classe moyenne et populaire. Il en profite pour critiquer Kamala Harris d’avoir affirmé à tort qu’elle a elle même déjà travaillé à McDonald’s, ce qu’elle n’a pas pu prouver…

Enfin le soutien du milliardaire Elon Musk pour Trump dynamise aussi sa campagne. Il avait déjà permis le retour de Trump sur la plateforme Twitter devenue X, après avoir été banni pour son rôle dans l’assaut du Capitole. Perçu comme un leader entrepreneurial et symbole de « l’American Dream », il séduit une partie de la population et symbolise un ralliement de plus en plus décomplexé d’entrepreneurs vers Trump. Ses ambitions spatiales peuvent ainsi faire rêver dans un pays enclin au pessimisme des dernières années. Il incite aussi financièrement, les électeurs à signer une pétition pour la « liberté d’expression » en échange d’une loterie où chaque jour un signataire gagne un million de dollar ! Indirectement, ce coup de communication peut bénéficier à Trump, surtout dans des électorats sinistrés économiquement. Elon Musk a aussi favorisé la réapparition d’idéologies radicales sur sa plateforme, incluant des comptes complotistes et d’extrême droite, plus enclins à favoriser Trump.


Le rendez-vous manqué de Kamala Harris

Face à cette machine de campagne, Kamala Harris doit composer avec un bilan mitigé et un parti divisé. Son expérience politique est solide, et par sa position a la légitimité nécessaire, mais elle souffre d’un manque de visibilité en tant que vice-présidente et hérite du bilan mitigé de Joe Biden. Le retrait tardif du président, alors que son état de santé était déjà discutable, n’a pas rassuré son camp, et l’absence de primaires compétitives n’a pas permis de réel débat au sein de son parti.

Lors de sa nomination officielle et au début de sa campagne, Kamala a souhaité mettre en avant des thèmes populaires dans son parti, comme la défense des classes moyennes et du droit à l’avortement. Elle choisit un colistier plutôt progressiste, Tim Waltz, gouverneur populaire du Minnesota voisin des swing states du Wisconsin et du Michigan. Avec lui, elle aurait pu incarner une synthèse forte avec l’ensemble de l’électorat de son parti : progressistes et modérés, femmes, minorités ethniques, classes moyennes.

Cependant, au fil de la campagne, elle n’arrive pas à imposer ses thèmes face à Trump, elle modère son discours jusqu’à en devenir illisible et trop proche de la droite. Elle a manqué de mobiliser l’énergie de la base militante progressiste, déçue par son positionnement trop éloigné de leurs préoccupations et ses interventions illisibles. Par exemple, lors d’une interview sur Fox News, elle affirme vouloir « tourner la page » des dernières années, alors qu’elle est au gouvernement. Questionnée sur les positions marquées à gauche de son colistier, elle apparaît indécise et se contente surtout de critiquer son adversaire. Elle manque des opportunités de clarifier un réel projet qui aurait pu créer un vrai enthousiasme. Une telle attitude contribue au manque de dynamisme de sa campagne, face à un Trump combatif et ses militants survoltés.

Plus inquiétant, elle commet des impairs en tentant de récupérer ce qu’il reste des républicains anti-Trump à tout prix. On la voit en campagne aux côtés de Liz Cheney, et reçoit le soutien de son père, l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney. Un piège ! Il est connu pour être un des « faucons » néoconservateurs les plus militaristes, bien loin des valeurs de son parti. Comment justifier ce soutient ? Ce nom résonne particulièrement chez les électeurs arabo-américains pour son invasion brutale de l’Irak en 2003. Ces électeurs, avec l’aile progressiste du parti, avaient en partie voté contre la renomination du président Biden lors des primaires en protestation de son soutien ferme à la politique Israélienne après les attaques terroristes du Hamas, alors que le siège meurtrier de Gaza commençait. Les arabo-américains représentent des électorats clés dans plusieurs swing states, en particulier le Michigan avec 2% de la population. Cela parait peu, mais Joe Biden avait remporté l’état en 2020 avec seulement 2,8% d’avance.

On la voit en campagne aux côtés de Liz Cheney, et reçoit le soutien de son père, l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney. Un piège ! Il est connu pour être un des « faucons » néoconservateurs les plus militaristes, bien loin des valeurs de son parti. Comment justifier ce soutient ?

L’aggravation du conflit au Moyen-Orient, avec des pertes humaines estimées à plus 40 000 à Gaza et l’invasion du Liban, ainsi que l’incapacité de l’administration Biden à contraindre Israël, pèsent sur les chances de Kamala Harris de mobiliser cette base. La frange progressiste et militante représente une énergie de campagne qui a contribué aux victoires de Barack Obama et même de Joe Biden, mais qui avait fait défaut à Hillary Clinton pour des raisons similaires. Un signe avant-coureur ?

Malgré ses appels du pied chez les républicains, elle ne parvient pas non plus à élargir son électorat. Même les sénateurs républicains les plus modérés comme Mitt Romney, Susan Collins ou Lisa Murkowski n’ont pas sauté le pas pour la soutenir officiellement. Elle continue d’accuser  un retard de confiance face aux électeurs préoccupés par l’économie et la crise migratoire, thèmes majeurs de cette campagne. En fin de campagne, elle continue de marteler le danger du retour de Donald Trump. Avec un dernier grand meeting à Washington DC, elle espère rassembler et mobiliser la ou Trump avait encouragé ses partisans à attaquer le Capitole. Tout un symbole…

Vers un dénouement incertain…

Même si Trump a su imposer avec force son rythme dans la campagne, les sondages montrent qu’il ne bénéficie à cette heure que d’une légère avance dans la majorité des swing states. Comme indiqué, Trump inspire davantage confiance sur les questions économiques et migratoires, des priorités pour une partie de l’électorat, tandis que Harris se concentre sur des droits sociaux comme l’avortement, qui pourrait aussi contribuer à une mobilisation dans les urnes.

Les thèmes de la protection du droit à l’avortement et la défense des personnes LGBT et surtout transgenre, et le rejet de la violence du Capitole, avaient joué en faveur des démocrates lors des élections de mi-mandat de 2022, contrecarrant les anticipations d’une vague républicaine. La polarisation extrême de l’électorat entre deux camps irréconciliables montre surtout que l’enjeu sera surtout de mobiliser sa base sur des enjeux clefs. Comme répété dans cet article, Trump a l’avantage de la confiance sur des thèmes plus prioritaires, la crainte des électeurs démocrates de perdre davantages de droits civiques pourrait à terme les mener au bureau de vote pour faire barrage.

Les thèmes de la protection du droit à l’avortement et la défense des personnes LGBT et surtout transgenre, et le rejet de la violence du Capitole, avaient joué en faveur des démocrates lors des élections de mi-mandat de 2022, contrecarrant les anticipations d’une vague républicaine.

Quid de la mobilisation ? La participation par vote anticipé, en particulier les votes par correspondance, bat déjà des records, mais sans favoriser aucun des camps pour le moment. Au vu de la polarisation extrême, il est incertain que le pays connaisse un dénouement rapide mardi. En 2020 les votes postaux avaient retardé le décompte des résultats et avait vu de large variation d’un parti à l’autre lors du décompte, provoquant le sentiment que l’élection était truquée puis « volée » chez les partisans de Donald Trump.

En cas de victoire de Trump, il aura certainement dans sa main le contrôle du Congrès, élus en même temps que le président, ou la course est tout aussi serrée et impactée par la dynamique du scrutin présidentiel. Avec la cour suprême déjà à son bord, il aura vraisemblablement les mains libres une fois président. Le parti démocrate entrera lui probablement en crise, entre la défaite de leur leadership modéré, illisible et sans stratégie de fond, et l’exaspération de leur aile gauche progressiste écartée.

En cas de défaite de Trump, la possibilité d’une contestation du résultat et même de violences politiques, comme en 2020, est tout à fait envisageable. La tension est toujours aussi vive qu’en 2020, et est amplifiée par les déboires judiciaires de Trump. Elon Musk a déjà créé une plateforme destinée à recenser les “fraudes électorales”, assurant au moins une nuit électorale truffée de polémiques… Jusqu’à un nouvel assaut du Capitole ?

Réponse dans la nuit du 5 au 6 novembre, ou après ?

PAR :


Laisser un commentaire

En savoir plus sur Raphaël Colombier

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture